Education nationale en Burn-out

Stress et confinement… Pourquoi l’éducation nationale nous ressemble tant ?

Si l’Education Nationale était humaine…

Madame E.N est un humain comme les autres.

Comme beaucoup d’humains, elle se donne beaucoup de mal dans son travail.

Comme beaucoup d’humains, elle en obtient assez peu de reconnaissance.

Comme beaucoup d’humains, elle est très exigeante avec elle-même.

Comme beaucoup d’humains, elle épuise progressivement ses ressources physiologiques.

Madame E.N a de lourdes tâches.

Elle est chargée d’instruire tous les enfants du pays.

Tous !

Les grands garçons, les petites filles, les gentils, les non croyants, les dyslexiques, les pas tout à fait propres, les blonds, les malvoyants, les agressifs, les surdoués, les enfants du voyage, les nez qui coulent, les non francophones, les plus aisés, les bras dans le plâtre, les orphelins, les motivés, les phobiques, les plus lents, les plaintifs, les pré-pubères, les maniaques, les tristes, les doux, …

Instruire les enfants de tout le pays
Madame E.N a une mission extrêmement importante : instruire chaque enfant de notre pays

C’est une mission fondamentale, essentielle, et héroïque.

C’est aussi un travail pesant qui repose sur les épaules de Madame E.N : elle porte ces responsabilités comme un digne fardeau.

C’est incroyablement ordonné, dans la tête de Madame E.N.

D’ailleurs, son esprit, elle l’appelle « le ministère ».

Là-haut, tout est fermement structuré : ses décisions sont rationnelles et pondérées, ses choix sont clairs et assumés. D’ailleurs, elle note tout dans un journal officiel, qu’elle met à jour très régulièrement en tenant compte de l’avancée de ses réflexions.

Elle entreprend en permanence de sérieuses recherches en matière de pédagogie.

Elle filtre chaque nouvelle idée à travers plusieurs niveaux d’exigence.

Elle soumet toutes ses découvertes à de nombreux critères de validation.

Elle se donne les moyens de ses ambitions.

Madame E.N est extrêmement minutieuse. Elle tient toujours à ce que tout soit parfait.

C’est important pour elle, car elle craint vraiment d’être mal jugée. Tout le pays observe son activité, elle n’a pas le droit à l’erreur.

Ainsi, elle rédige des programmes très stricts qu’elle suit à la lettre, et s’impose une discipline particulièrement rigoureuse.

Elle inspecte régulièrement ses pratiques et ne laisse que peu de place au hasard.

Elle vérifie fréquemment qu’elle est à la hauteur des exigences qu’elle a fixées.

Le corps de Madame E.N inspire la générosité. Malgré le stress permanent qui lui est imposé par un mental autoritaire, il fait de son mieux, jour après jour.

Chaque partie de son organisme semble prête à donner le meilleur d’elle-même pour remplir convenablement son rôle, et ainsi permettre à la tête d’être rassurée.

Pour instruire tous les enfants du pays, il faut être organisée, certes, mais aussi audacieuse et entreprenante.

Chacune de ses cellules est pleinement impliquée dans sa mission : la majorité d’entre elles se dévoue pleinement à un devoir d’enseignement des enfants, grâce à une étonnante créativité et une remarquable capacité d’adaptation ; d’autres cellules ont un rôle incontournable de soutien des précédentes, en accompagnant affectueusement les petits ; enfin, certaines cellules sont spécialisées dans une solide fonction de structure, et encadrent l’exercice des précédentes avec autant de bienveillance que possible.

Quelles que soient les circonstances, Madame E.N agite ses petites mains dévouées, afin de répondre au mieux aux strictes règles imposées par son esprit rigoureux.

Cette courageuse loyauté a un prix invisible.

Madame E.N n’en a pas encore conscience, mais les craintes abyssales de son esprit rongent inexorablement ses réserves. Son organisme est las, dépassé, exténué par le manque d’attentions qu’elle lui porte. Son système immunitaire montre régulièrement des signes d’impatience, sa physiologie devient progressivement déficiente. Ses ressources, pourtant conséquentes, s’approchent inévitablement d’un épuisement critique.

Impossible d’investir corps et âme un rôle si primordial, sans en ressentir un jour les effets délétères.

Son insatiable appétit de contrôle et de rigueur ne lui permet jamais d’éloigner sa phobie de l’échec ou du travail mal fait.

A toujours vouloir en faire davantage, elle ne peut recevoir de reconnaissance pour tout ce qu’elle accomplit.

A toujours rechercher la perfection, elle ne sait se réjouir d’être incroyablement efficace.

A force de s’astreindre à une discipline de fer, elle s’est éloignée de ce qui donnait simplement du sens à sa mission.

Madame E.N a peu à peu perdu de vue l’essentiel.

Elle a oublié de se féliciter abondamment pour sa mission nationale d’éducation, de se nourrir copieusement de ses réussites pédagogiques.

Elle a oublié son souhait initial d’incarner ardemment les valeurs de transmission et de partage.

Madame E.N est profondément affaiblie.

Madame E.N est ainsi faite :
sa tête reproche au corps de ne jamais en faire assez,
son corps reproche à la tête de lui en demander toujours plus.

Si l’Education Nationale était confinée…

Ce lundi matin, Madame E.N n’ira pas travailler.

C’est la première fois de sa vie.

Elle n’est pas en état. Elle a peur d’attraper ce virus qui se propage à la vitesse de l’éclair. Et qui est très contagieux.

Madame E.N doit faire face à une situation totalement inédite : elle est confinée à domicile. Pour une durée encore indéterminée.

Pourtant, elle éprouve un besoin impérieux d’être en contact permanent avec tous ces enfants du pays ! Comment va-t-elle pouvoir assurer ses activités d’enseignement, d’accompagnement et d’encadrement, à distance ?

C’est terrible.

Tout est remis en cause.

Madame E.N est épuisée par ses craintes, et doit néanmoins concevoir des solutions innovantes pour faire face à ces circonstances exceptionnelles.

Encore une fois, son mental tyrannique ne laisse pas l’opportunité à son organisme amoindri de se satisfaire du travail accompli.

Encore une fois, son esprit intransigeant exige de faire preuve d’une adaptabilité infinie, sans se préoccuper des signaux de détresse que le corps envoie en vain.

Alors, une fois de plus, déployant généreusement les dernières ressources que le stress a pour le moment épargnées, elle s’adapte.

Confinement, télétravail
Madame E.N doit poursuivre sa mission

Et Madame E.N se met courageusement au télétravail.

Taisant la détresse de son anatomie abîmée par une inquiétude sans cesse croissante, elle se lance dans une activité innovante.

Croulant sous le poids d’une conscience professionnelle ayant largement supplanté sa propre conscience individuelle, elle élabore de nouveaux fonctionnements.

Dramatiquement sourde aux injonctions pressantes de sa physiologie dévastée, elle invente une communication inédite avec ses petits.

Le ministère semble soulagé.

Son esprit torturé craignait de faillir, de se sentir diminué, ridicule, de devoir admettre les mauvais traitements qu’il impose à chacune des valeureuses cellules de ses organes exécutants.

Lui qui impose une indiscutable dictature du travail, le voilà temporairement rassuré.

Le travail reprend, sans discontinuité.

Nulle crainte de dévoiler une once de faiblesse.

Madame E.N est déterminée. Invincible.

Et elle est au bord de l’épuisement.

Madame E.N a peur du virus.
Dans cette situation inédite de confinement, son angoisse va croissante.
Sa tête et son corps ne savent toujours pas communiquer efficacement.

Si l’Education Nationale était proche du burn-out…

Chez tous les humains, un stress négatif prolongé peut avoir des effets dévastateurs.

Lorsque nos habitudes changent brutalement, ou quand un nouvel élément survient, nous sommes en état de choc (c’est la phase d’alarme). Cette période est d’ordinaire de courte durée : après une sidération momentanée, nous nous remettons en mouvement afin de faire face à ces circonstances inédites.

Nous déployons alors une quantité d’énergie conséquente afin d’ajuster nos comportements à la situation nouvelle (c’est la phase de résistance). Nous devons faire preuve de créativité, accepter d’avoir perdu nos anciennes habitudes et trouver la force d’en créer de nouvelles. Cette possibilité de nous adapter a un coût : elle puise dans les réserves nos plus profondes, use immanquablement notre système nerveux et détruit peu à peu notre système immunitaire.

A ce stade, les symptômes sont fort connus et malheureusement banalisés : grande fatigue physique, baisse de moral, irritabilité.

La durée pendant laquelle un organisme est soumis à un stress permanent est déterminante. S’il est suffisamment prolongé, alors une dépression ou un burn-out peuvent survenir (on parle alors de phase d’épuisement).

Il en va ainsi pour Madame E.N.

Passée la surprise (phase d’alarme), à l’annonce de la propagation du virus et du confinement, elle s’est très rapidement remise en mouvement.

Elle s’est adaptée et a alors trouvé de surprenantes ressources pour faire face à l’inattendu. Elle a vaillamment mis en place des façons innovantes de travailler : elle s’est énergiquement emparée d’outils numériques qu’elle utilisait peu auparavant, elle a créé un lien original avec ses petits, elle a même réaménagé partiellement sa maison.

Cette phase de résistance, ces adaptations permanentes jusqu’à l’extrême, dans un climat de tension phénoménale, ne peut durer qu’un moment.

La tête n’est jamais soulagée par un sentiment d’efficacité suffisamment salvateur.

Le corps n’obtient toujours aucune reconnaissance pour ses ajustements permanents et sa créativité contrainte.

Peut-être Madame E.N se dit-elle que les vacances approchent et qu’elle profitera bientôt d’un répit amplement mérité. En tout cas, espérons que la plupart de ses cellules puissent se libérer des tensions accumulées.

Mais son mental, lui, ne prendra comme à son habitude aucun repos.

Comment Madame E.N peut-elle inviter du réconfort dans cette course effrénée vers la perfection ?
Que mettre en œuvre afin d’adoucir le discours du mental ?
Comment apaiser un corps endolori par une anxiété constante ?

Madame E.N survit.

Sa fonction est absolument indispensable à l’organisation de tout un pays.

C’est une responsabilité qu’elle ne peut pas abandonner.

Jamais.

Sous aucun prétexte.

Dans un état de tension avancé, soutenu et prolongé, lorsqu’on se fixe des objectifs incroyablement élevés, il est extrêmement difficile de se contenter du travail produit. Le stress empêche de prendre du recul, de se féliciter, ou de remettre nos priorités en cause. Ni la tête ni le corps n’a la possibilité d’être récompensé, et de se détendre.

En haut, le ministère, exigeant, ambitieux, n’est jamais comblé, ni apaisé. Il ne se donne jamais les moyens de se soustraire au stress et aux obligations qu’il s’impose. Il reste fixé sur des objectifs démesurés, inatteignables. Il a tellement peur de déplaire ou décevoir !

Tout le pays regarde Madame E.N.

Tout le pays la juge.

En permanence.

Education nationale en Burn-out
La pression sur les épaules de l’Education Nationale est titanesque.

Cette incessante injonction à renvoyer une image positive à l’opinion publique est insoutenable. Dans de telles conditions, le mental ne peut jamais recevoir de satisfaction pour l’œuvre accomplie.

En bas, chaque courageuse entité du corps enseignant, accompagnant et encadrant, réagit toujours de son mieux aux demandes du mental, en poussant ses possibilités à l’extrême afin de combler les désirs du décideur suprême. La mission de chacune d’entre elles semble inlassablement s’élargir, jour après jour, année après année.

Ces vaillantes et innombrables cellules n’ont que trop rarement la sensation de répondre suffisamment bien aux ordres du mental. Le meilleur d’elles-mêmes semble ne jamais suffire. Elles s’abîment, principalement par manque de soutien et de reconnaissance.

Entre la tête, gouvernée par d’exigeants protocoles, et l’organisme, loyal serviteur agonisant, comment permettre une meilleure communication, un lien plus juste ?
Comment nourrir à la fois un mental dévoré par le perfectionnisme et un organisme rongé par le dévouement ?
Comment relier sainement le ministère et le corps enseignant, accompagnant et encadrant ?

Si l’Education Nationale prenait conscience de son état…

Ces deux pôles, tête et corps, qui semblent tant s’opposer, ont pourtant bien un moteur commun : le courage.

Du courage pour endosser intellectuellement une immense responsabilité, structurer et déployer une mission essentielle à l’échelle nationale.

Du courage pour créer un lien solide et stimulant avec les enfants de tout un pays, ré-enchanter inlassablement d’indispensables apprentissages.

Or, étymologiquement, physiologiquement, et peut-être même énergétiquement, le courage vient du cœur.

Et si le cœur était l’élément fondateur, la pièce maîtresse soutenant tous les échanges de la tête au corps et du corps à la tête ?

Et si le cœur était assez puissant pour offrir au mental un sentiment d’efficacité suffisamment apaisant ?

Et si le cœur avait le pouvoir de nourrir chaque cellule d’une chaleureuse reconnaissance pour ses pratiques inventives ?

L’anatomie est ainsi faite. Le cœur relie physiquement la tête et le corps, en permettant au sang d’y circuler continûment.

Ainsi, du cerveau qui fabrique les pensées et jusqu’à chaque cellule de l’organisme, le sang apporte toute la nourriture nécessaire au fonctionnement optimal de chacun, et évacue dans le même temps les déchets.

Coeur
Et si c’était le cœur, le vrai chef d’orchestre ?

L’énergie du cœur permet d’apaiser les peurs limitantes que le mental assène sans relâche. C’est le cœur qui ouvre les capacités de discernement afin que l’esprit puisse se libérer d’obligations inutiles ou obsolètes. C’est lui qui met à disposition suffisamment de courage pour réévaluer les contraintes qui emprisonnent, redéfinir les valeurs essentielles et donner du sens à la vie.

Ecouter le cœur permet d’avoir la force de prendre de nouvelles décisions avec davantage de conscience.

L’énergie du cœur insuffle également au corps un élan considérable. C’est le moteur le plus efficace pour entreprendre des actions qui ont une valeur fondamentale. Là aussi, c’est le cœur qui est à l’origine de tout le courage nécessaire pour mener à bien une démarche qui a profondément du sens. Et c’est aussi la bonté naturelle du cœur qui nourrit d’une reconnaissance parfaitement légitime chaque cellule d’un organisme pleinement engagé dans ses actes.

Lorsque l’esprit donne consciemment du sens à ses décisions, et que le corps est nourri de reconnaissance, alors tout est possible pour réaliser ce qui nous « tient à cœur ».

Et si Madame E.N prêtait attention au discours de son cœur… Qu’entendrait-elle ?

Et si elle entendait comme il est heureux d’honorer ses valeurs de transmission et de partage ?

Et si elle percevait comme il se réjouit de réaliser sa sensible mission nationale d’éducation ?

Et si elle ressentait comme il se nourrit joyeusement de son évidente bienveillance ?

En haut, la tête, et le besoin du ministère de se satisfaire des délicates décisions.
En bas, le corps, et le besoin des cellules d’être reconnues pour leur investissement.
Au centre, le cœur, et sa capacité à donner du sens, distribuer du courage, et faire circuler une paisible reconnaissance pour l’engagement de chacun.

Et si, ensemble, la tête, le corps et le cœur de Madame E.N formaient un tout supérieur à la somme des parties ?

Qu’est-ce que ce trio tête – corps – cœur réunifié pourrait apporter de plus humain à notre éducation nationale… ?

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