Méthode OSBD

La méthode OSBD : 4 étapes pour communiquer efficacement en classe

En classe, difficile d’être à chaque instant à l’écoute de nos élèves, et de nos propres besoins.

Bien souvent, il en faut peu pour se sentir irrité. Même lorsqu’on souhaite être le plus bienveillant possible, le ton monte et les émotions nous rattrapent.

Comment réagir face à un élève qui nous dérange ?

Comment rester juste en toutes circonstances ?

Comment communiquer efficacement en classe malgré les tensions ?

Voici une technique en 4 points pour faire entendre ses ressentis et permettre aux élèves d’ajuster eux-mêmes leurs comportements.

La méthode OSBD est issue de la Communication Non Violente (CNV), mise en place par Marshall Rosenberg et détaillée dans son livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) ».

La méthode OSBD se prête à tout type de relation (en couple, en famille, au travail). Je vous propose ici de l’adapter au cadre de la classe.

Tous les jours, il arrive que le comportement de quelque(s) élève(s) nous gêne ponctuellement, ou nous agace franchement. Parfois, nous pouvons réagir de manière calme, juste et pondérée. Parfois, c’est impossible, et nous préférons la menace ou même la sanction si nécessaire.

Voyons comment nous pouvons choisir de répondre.

Exemple : Souvenir de 2013.

Je suis avec une classe de quatrièmes, sympathique mais remuante.

J’ai la sensation que dès que je me retourne pour écrire au tableau, les élèves ricanent, ce qui m’agace profondément…

Ma première intention est d’accuser ceux que je vois sourire, et de demander leurs carnets pour pouvoir les menacer d’une sanction.

Cela devrait déclencher des réticences « Mais pourquoi Madame ? », voire des provocations « Non je ne vous le donnerai pas… ».

Il est certain que la relation de confiance serait brisée, et la possibilité de communiquer diminuée.

La tension risque de s’intensifier dans la classe.

Apprenons comment gérer autrement une telle situation grâce aux quatre étapes de la méthode OSBD.

Observation

Prenons d’abord un moment pour observer la situation.

Cette étape doit être objective et sans jugements.

Notons simplement les circonstances factuelles des événements en cours, ce qui nous fait réagir.

Nous pouvons nous demander : « Comment décrire ce qui provoque cette émotion à l’intérieur de moi ? »

Répondons par des faits, et rien que des faits.

Pour formuler cette observation, nous pouvons dire « Quand … + énoncé des faits ».

Exemple : Quand je me retourne pour écrire au tableau, j’entends certains élèves ricaner.

Voilà un exposé juste et objectif des faits.

Voyons à présent comment poursuivre la communication avec notre classe.

Observation
Avant de « communiquer », observer, scruter

Les sentiments

La deuxième étape permet de faire le point sur ce que nous ressentons.

Nous pouvons nous demander : « Comment est-ce que je me sens ? »

Peut-être ressentons-nous de l’agacement, de la colère ou carrément de l’exaspération.

Cela peut aussi être de la tristesse, de la déception ou de la frustration.

Nous pouvons nous sentir blessés, stressés ou même anxieux.

Cette étape est difficile. Nous n’avons pas toujours l’habitude de nous demander quelles sont les émotions qui nous traversent. Ce travail demande de la sincérité, et aussi du courage, pour prendre le temps de sentir ce qui se passe en nous.

Permettons-nous d’accepter ces sentiments avec bienveillance, quels qu’ils soient.

Il peut être judicieux d’exprimer ses ressentis ainsi : « Je me sens … + nos émotions ».

Exemple : Quand je me retourne pour écrire au tableau, j’entends certains élèves ricaner.

Je me sens ridicule, j’ai peur que vous soyez en train de vous moquer de moi. Je me sens déstabilisée et moins concentrée sur notre cours.

Cette formulation semble peut-être osée. Dire à des élèves que je me sentais ridicule était effectivement risqué. On évite en général de montrer la moindre faille devant une classe, sinon les moqueries et le chahut menacent.

Cet épisode a eu lieu après quelques mois de cours, alors que la relation entre cette classe et moi était déjà installée et sereine.

Je suis persuadée que pour respecter leur enseignant, les enfants et les adolescents ont avant tout besoin de se sentir eux-mêmes respectés. En leur exprimant cette profonde honnêteté, c’est ce que j’offre à mes élèves : une sincère considération et une véritable confiance. J’espère ainsi les inviter à une communication juste et authentique.

Comme le dit Marshall Rosenberg : « Exprimer notre vulnérabilité peut aider à résoudre des conflits. »

Poursuivons le cheminement proposé par la méthode OSBD.

Sentiments
La méthode OSBD nous incite à exprimer nos sentiments

Les besoins

Nous avons déjà observé simplement les événements et exprimé les sentiments que cela crée en nous. Examinons à présent les besoins qui sont à l’origine des émotions précédemment citées.

Il est fondamental de comprendre la notion de besoin afin de développer une communication réellement efficace, consciente, et bienveillante. Comme l’a détaillé Abraham Maslow, chaque être humain cherche en permanence à combler un certain nombre de besoins.

Nos besoins primaires sont physiologiques : manger, boire, dormir, respirer, bouger.

Nos besoins de sécurité et d’appartenance sont également essentiels, ainsi que nos besoins d’estime et d’accomplissement personnel.

Lorsque l’un ou plusieurs de ces besoins ne sont pas comblés, un mouvement se crée à l’intérieur de nous afin de révéler cette contrariété. Ce mouvement, qu’on appelle émotion, nous permet de prêter attention à nos besoins profonds, et d’agir en direction de leur satisfaction.

Nous pouvons nous demander : de quoi ai-je besoin dans cette situation ?

Il est intéressant de commencer par noter intérieurement si nos besoins physiologiques sont satisfaits ou non.

Ensuite, peut-être avons-nous besoin de sécurité, de calme et de soutien.

Cela peut également être un besoin d’appartenance, de confiance et de partage, ou d’entrain, de motivation, de dynamisme.

Ou encore un besoin de considération et de respect.

Cette troisième étape de la méthode OSBD peut être introduite par « J’ai besoin de … + nos besoins ».

Exemple : Quand je me retourne pour écrire au tableau, j’entends certains élèves ricaner.

Je me sens ridicule, j’ai peur que vous soyez en train de vous moquer de moi. Je me sens déstabilisée et moins concentrée sur notre cours.

J’ai besoin de me sentir en confiance avec vous, et efficace dans le travail que je vous propose.

Remarquons que toutes ces phrases commencent par « je ».

C’est important, car cela évite de donner à l’autre la sensation immédiate d’être accusé.

Souvent, lorsqu’une phrase commence par « tu », elle est reçue comme une attaque.

Par exemple, si je dis à un élève « Tu parles trop ! », il va très probablement soit s’en défendre (« Mais c’est Charlie qui me parlait ! »), soit se rebeller plus discrètement, en expliquant plus tard à ses camarades à quel point « ce prof est nul »…

En CNV, on aime dire que « le tu tue » ! Car l’accusation d’un « tu » tue en effet la communication.

Ces trois premières étapes nécessitent un intense travail de réflexion sur soi. Elles peuvent sembler impressionnantes. Ces exercices requièrent de l’entraînement avant de devenir une habitude. Soyons tolérants et patients avec nous-mêmes !

Besoins
Quels sont nos besoins face à une situation donnée ?

La demande

La quatrième étape de la méthode OSBD est, elle, tournée vers les autres.

Nous allons formuler à notre interlocuteur une demande, afin de satisfaire les besoins que nous avons énoncés précédemment.

Puisque nous avons fait le point sur notre état intérieur, cherchons comment être apaisés.

Nous pouvons avoir besoin d’un instant de calme pour réfléchir, ou d’explications pour comprendre l’état dans lequel sont nos élèves.

Pour être entendue, notre demande doit être formulée explicitement.

Pour cela, nous pouvons finir par : « Serais-tu / Seriez-vous d’accord pour … + notre demande ».

Exemple : Quand je me retourne pour écrire au tableau, j’entends certains élèves ricaner.

Je me sens ridicule, j’ai peur que vous soyez en train de vous moquer de moi. Je me sens déstabilisée et moins concentrée sur notre cours.

J’ai besoin de me sentir en confiance avec vous, et efficace dans le travail que je vous propose.

Seriez-vous d’accord pour m’expliquer ce qui vous agite, ou pour être plus discrets ?

Il est important de noter qu’une demande n’est pas une exigence : nous devons être capables d’accepter un refus. C’est une proposition que nous exprimons et qui peut être rejetée. Si tel est le cas, nous pourrons chercher ensemble une nouvelle solution qui conviendra à tous.

Dans cet exemple, les élèves se sont empressés de m’expliquer qu’ils ne se moquaient pas du tout de moi ! Il était très important pour eux que je sache que ce n’était pas leur but mais qu’ils riaient pour d’autres raisons. Et qu’ils souhaitaient d’ailleurs cesser de me mettre mal à l’aise.

Cette formulation en quatre étapes, grâce à la méthode OSBD, nous a permis de vivre un intense moment de partage et de confiance mutuelle. J’ai véritablement senti une plus grande connexion avec cette classe par la suite, je me sentais davantage en sécurité avec ces élèves, et je les ai trouvés eux aussi rassurés et naturellement plus respectueux.

Quel immense plaisir !

Plus notre demande est simple et claire, plus elle a de chances d’être entendue et, sans doute, acceptée. La méthode OSBD est exigeante au départ, elle demande beaucoup d’investissement personnel pour s’approprier les bons réflexes. Il s’agit ici de bousculer nos habitudes, afin d’en intégrer de nouvelles : ne pas accuser l’élève, ou les élèves, de notre malaise, mais leur proposer de nous aider à en sortir, en se tournant d’abord vers soi. C’est un travail conséquent, qui mérite d’être mené courageusement afin de simplifier et d’assainir nos relations élèves – enseignants. Soyons à la fois persévérant et doux avec nous-mêmes, la récompense est à la hauteur de cet engagement : une remarquable qualité relationnelle !

Demander
Oser demander !

En résumé, la méthode OSBD c’est quoi ?

Lorsqu’une émotion nous bouscule, ou qu’un incident se produit, prenons le temps d’utiliser la méthode OSBD. Nous nous offrons ainsi la possibilité d’être à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins. Et nous offrons également la possibilité à nos interlocuteurs de comprendre ce qu’il se passe réellement à l’intérieur de nous, et d’y réagir positivement.

Ça vaut la peine !

Voici un nouvel exemple pour résumer la méthode « O S B D ».

Observation des faits :

« Quand tu donnes une réponse sans lever la main… »

Sentiments déclenchés :

« … Je me sens contrariée et désolée pour les autres élèves qui souhaitent répondre »

Besoins non comblés :

« J’ai besoin de plus de calme, et d’équité, c’est-à-dire d’être juste pour toute la classe. »

Demande :

« Serais-tu d’accord pour laisser aux autres élèves le plaisir de répondre ? Peut-être pourrais-tu écrire ces choses auxquelles tu penses sur ton cahier et je passerai lire ? »

Afin de s’exercer à ces formulations, il est possible de s’entraîner avec une situation que nous avons déjà vécue : il suffit de se remémorer les faits, les sentiments qu’ils ont déclenchés, les besoins qui n’étaient pas comblés, et enfin d’imaginer la demande que nous aurions pu exprimer.

A vous de jouer !

Méthode OSBD
Un schéma vaut souvent mieux qu’un long discours 🙂 : la méthode OSBD, c’est ça !

Démêler les conflits avec la CNV

La CNV propose de merveilleux outils afin d’améliorer notre communication, et donc nos relations.

La méthode OSBD en quatre étapes s’adapte à d’autres situations que celle de la classe : avec nos propres enfants, avec les adultes qui nous entourent, en couple, entre amis…

Dans le contexte éducatif, la méthode OSBD est également utile pour démêler les conflits entre élèves. Pour cela, l’enseignant laisse les enfants s’exprimer l’un après l’autre.

Chacun leur tour, les jeunes sont invités à répondre aux questions suivantes :

  • Que s’est-il passé ?   (Observation)
  • Qu’as-tu ressenti ?   (Sentiments)
  • De quoi as-tu besoin ?   (Besoins)
  • Que voudrais-tu demander à ton camarade ?   (Demande)

Les élèves s’écoutent l’un et l’autre sans s’interrompre, ce qui leur permet d’entendre réellement la façon dont leur camarade a vécu les événements, et d’y réagir de manière plus appropriée.

Il est également possible de former les élèves à « la médiation par les pairs ».

Il s’agit ici de les initier à la méthode OSBD, afin que les enfants puissent mener cette conversation entre eux, sans l’intervention d’un adulte.

La médiation par les pairs responsabilise les élèves et leur offre un important apprentissage de l’autonomie. Cette technique est particulièrement efficace et très satisfaisante pour tout le monde, enfants, adolescents et enseignants !

Voici, pour finir, quelques mots de Marshall Rosenberg :

« On a le choix dans notre vie entre être heureux et avoir raison. »

Je vous souhaite une belle communication !

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